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Loi de simplification
: le détail des mesures sociales adoptées
Bref Social
du 02.03.12
Le Parlement
a adopté définitivement, le 29 février, la " loi Warsmann " de simplification du
droit. Parmi les 134 articles de ce texte, une vingtaine relèvent du droit du
travail, dont la possibilité offerte aux entreprises de moduler le temps de
travail sur l'année même sans accord du salarié. Après un bras de fer entre
les deux chambres, l'Assemblée nationale a eu le dernier mot en donnant son feu
vert, le 28 février, à l'adoption de la loi relative à la simplification du
droit et à l'allégement des démarches administratives, dite " loi Warsmann ".
Outre le volet " sécurité sociale " (v. page 2), les mesures sociales prévues
par ce texte sont très disparates, de l'aménagement du temps de travail à la
réforme de l'inaptitude, en passant par la certification des comptes des
syndicats ou encore le contrat de vendange. Ces mesures devraient bientôt entrer
en vigueur, sous réserve d'un recours devant le Conseil
constitutionnel.
Durée du travail
Aux termes de la loi nouvelle, la mise en
place d'une répartition des horaires sur une période supérieure à la semaine et
au plus égale à l'année prévue par un accord collectif ne constitue pas une
modification du contrat de travail nécessitant l'accord exprès du salarié,
excepté pour les salariés à temps partiel. Cette disposition vient contrecarrer
la jurisprudence de la Cour de cassation selon laquelle l'instauration de la
modulation est soumise à l'accord exprès de chaque salarié (Cass. soc., 28
septembre 2010, n° 08-43.161 FS-PB). Par ailleurs, la loi simplifie les
conditions requises pour le maintien du salaire en cas de chômage des jours
fériés, en imposant seulement une ancienneté d'au moins trois mois dans
l'entreprise ou l'établissement. Auparavant, les salariés devaient aussi
justifier de 200 heures de travail effectif dans les deux mois précédant le jour
férié et d'une présence le dernier jour de travail précédant le jour férié et le
premier jour de travail lui faisant suite. Autre mesure de simplification en
matière de durée du travail : l'ouverture du droit à congés payés dès le premier
jour de travail, le salarié ayant droit à un congé de deux jours et demi
ouvrables par mois de travail effectif chez le même employeur, sans avoir à
effectuer comme jusqu'à présent un minimum de dix jours de travail chez
l'employeur. Le législateur vise ici à mettre le droit national en conformité
avec la jurisprudence de la CJUE. Cette disposition ne sera toutefois applicable
qu'à compter du premier jour du 3e mois suivant la publication de la loi au
JO.
Télétravail
Le télétravail fait son entrée dans le Code du travail.
Sa définition et les obligations auxquelles sont tenus les employeurs dans ce
cadre (notamment la prise en charge des outils de travail) sont la transposition
des dispositions de l'accord national interprofessionnel du 19 juillet 2005.
Ainsi, selon le nouvel article L. 1222-9 du Code du travail, " le télétravail
désigne toute forme d'organisation du travail dans laquelle un travail qui
aurait également pu être exécuté dans les locaux de l'employeur est effectué par
un salarié hors de ces locaux de façon régulière et volontaire en utilisant les
technologies de l'information dans le cadre d'un contrat de travail ou d'un
avenant à celui-ci ". Le texte prévoit expressément que le refus d'accepter un
poste de télétravailleur n'est pas un motif de rupture du contrat de travail.
Une nouveauté toutefois par rapport à l'ANI : en cas de circonstances
exceptionnelles (notamment menace d'épidémie) ou en cas de force majeure, " la
mise en œuvre du télétravail peut être considérée comme un aménagement du poste
de travail rendu nécessaire pour permettre la continuité de l'activité de
l'entreprise et garantir la protection des salariés ".
Inaptitude et santé et
sécurité
En cas de licenciement pour inaptitude non
professionnelle, la loi rend effective la rupture du contrat de travail dès la
notification du licenciement. Par cette disposition, le législateur remédie à la
situation des salariés licenciés pour inaptitude non professionnelle qui,
jusqu'à présent, ne pouvaient prétendre jusqu'à la fin du préavis ni d'une
rémunération, faute de pouvoir effectuer le préavis, ni d'allocations chômage,
la rupture n'étant effective qu'après le préavis. La nouvelle loi précise que
l'indemnité compensatrice de préavis n'est pas due dans cette hypothèse,
conformément à la jurisprudence (Cass. soc., 18 mars 2003, Bull. civ. V, n°
99). Deux dispositions visent à renforcer l'hygiène et la sécurité au travail
: - les modalités d'évaluation des risques en matière d'hygiène et de
sécurité au travail (fréquence de la mise à jour du document unique d'évaluation
des risques) pourront être adaptées par voie réglementaire aux spécificités des
TPE ; - les équipements de travail devront être conçus de sorte que leur mise
en place, leur utilisation, leur réglage et la maintenance assurent, le cas
échéant, la protection des animaux domestiques, des biens ainsi que de
l'environnement.
Infraction au droit du travail
Selon la loi nouvelle, l'inspecteur ou le contrôleur du
travail qui constatent une infraction pénale devront informer la personne
incriminée des faits susceptibles de constituer cette infraction pénale ainsi
que des sanctions encourues avant transmission des procès-verbaux au procureur
de la République. Cette information préalable est nouvelle, l'agent de
contrôle ayant auparavant pour seule obligation de communiquer à l'employeur les
procès-verbaux d'infractions à la durée du travail.
Négociation collective et comptes des
syndicats
Pour doper les négociations salariales, la loi impose
désormais aux partenaires sociaux d'ouvrir des négociations salariales dès lors
que le salaire minimum national prévu par la convention de branche pour les
salariés sans qualification se trouve à un niveau inférieur au smic. À défaut
d'initiative de la partie patronale dans les trois mois, la négociation s'engage
dans les 15 jours suivant la demande d'une organisation syndicale
représentative. Par ailleurs, la loi facilite le mandatement syndical des
salariés dans les entreprises de presse de moins de 11 salariés pour négocier
sur les droits d'auteurs des journalistes, en supprimant l'exigence d'un
procès-verbal de carence d'élections professionnelles. Le législateur
clarifie également les obligations de certification des comptes pesant sur les
groupements de syndicats professionnels, leurs unions et les associations de
salariés ou d'employeurs : ceux-ci sont dispensés de nommer des commissaires aux
comptes lorsqu'ils recourent à la méthode de consolidation des comptes ou
retiennent la méthode de l'agrafage, dès lors que leurs ressources annuelles
(appréciées au niveau de l'ensemble du groupement) sont inférieures à la clôture
d'un exercice à 230 000 €.
Seuils, délais et mise à
disposition
La loi nouvelle harmonise la formulation des différents
seuils d'effectifs prévus par le Code du travail, par exemple : " au moins 500
salariés ", au lieu de " 500 salariés et plus ". Elle modifie aussi le délai
minimum qui doit s'écouler, dans le cadre d'une procédure disciplinaire, entre
l'entretien préalable et la sanction, le faisant passer d'un jour franc à deux
jours ouvrables. Autre aménagement : à l'issue d'une mise à disposition, le
salarié retrouve dans l'entreprise prêteuse son poste de travail, ou, ont ajouté
les parlementaires, " un poste équivalent ".
Contrat de vendange et contrat d'engagement
éducatif
Le contrat de vendange doit préciser la durée pour
laquelle il est conclu. Faute de quoi, il est réputé établi pour une durée qui
court jusqu'à la fin des vendanges. Cette disposition vise à contrecarrer la
jurisprudence de la Cour de cassation selon laquelle le contrat de vendange qui
se borne à préciser qu'il prendra fin " à la fin des vendanges " doit être
requalifié en CDI (Cass. soc., 6 octobre 2010, n° 09-65.346 FS-PB). Les
parlementaires revoient enfin le statut des personnes titulaires d'un contrat
d'engagement éducatif, notamment les moniteurs de colonies de vacances, suite à
l'annulation par le Conseil d'État, le 10 octobre dernier, du décret n° 2006-950
du 28 juillet 2006 instaurant un régime dérogatoire, notamment en matière de
repos quotidien. Les titulaires de ce contrat ont donc désormais droit à un
repos minimal de 11 heures consécutives au cours de chaque période de 24 heures.
Toutefois, nuance la loi, cette période de repos peut être soit supprimée, soit
réduite, sans pouvoir être inférieure à huit heures. La personne titulaire
bénéficie alors d'un repos compensateur égal à la fraction du repos dont elle a
été privée. Ce repos est accordé en tout ou partie pendant l'accueil dans des
conditions fixées par décret.
Loi de simplification
du droit : les mesures qui concernent la paie et les cotisations sociales
La proposition de loi relative à la simplification du
droit et à l'allégement des démarches administratives, définitivement adoptée le
29 février, comporte un important volet relatif au traitement et à
l'établissement de la paie et aux cotisations sociales. Le Parlement a adopté
définitivement, le 29 février, la proposition de loi Warsmann. Celle-ci met en
œuvre la plupart des mesures annoncées par le gouvernement, le 29 avril 2011,
dans le cadre des " assises de la simplification ". Elles visent à résoudre les
difficultés exprimées par les entreprises, dans le champ du social
notamment.
Simplification du bulletin de
paie
Le texte prévoit une harmonisation, au plus tard au 1er
janvier 2013, des définitions des assiettes des cotisations d'assurances
sociales, des régimes de retraite complémentaire et du régime de l'assurance
chômage. Si le principe d'une simplification du bulletin de paie est posé, en
pratique des dispositions réglementaires seront nécessaires à son instauration.
Les différents acteurs devront ensuite mettre en œuvre des " dispositions utiles
", au plus tard le 1er janvier 2015, pour que les accords ou conventions qui
sont négociés par les partenaires sociaux tiennent compte de l'harmonisation des
assiettes. À défaut d'harmonisation, le législateur sera autorisé, dans un délai
de trois ans suivant la promulgation de la loi, à légiférer par ordonnance sur
le sujet.
Par ailleurs, pour que les entreprises puissent anticiper
un changement de leur taux de versement de transport, toute modification de taux
entrera en vigueur au 1er janvier ou au 1er juillet de chaque
année. Déclaration sociale unique à compter du 1er janvier 2016 Le nombre
des déclarations sociales sera réduit en les fusionnant dans une déclaration
sociale nominative (DSN). Dans un premier temps, au 1er janvier 2013,
l'employeur aura la faculté d'adresser aux services compétents une DNS qui
comporte un nombre restreint d'informations pour chacun des salariés employés
: - le montant des rémunérations versées au cours du mois précédent ; -
les dates d'arrivée et de départ ; - les dates de suspension et de reprise du
contrat de travail ; - la durée du travail.
Cette déclaration sera dématérialisée selon des modalités
qui seront fixées par arrêté. L'employeur qui a souscrit la DSN sera réputé
(à l'issue d'un délai fixé par décret) avoir accompli les déclarations ou
formalités auxquelles il est tenu auprès des organismes d'assurance maladie et
de Pôle emploi pour l'exercice des droits des salariés aux indemnités
journalières de sécurité sociale et aux prestations chômage.
Au 1er janvier 2016, la souscription de la DSN sera
obligatoire. Cette déclaration se substituera à l'ensemble des déclarations
auxquelles est tenu l'employeur et qui sont nécessaires à l'exercice des droits
des salariés aux indemnités journalières et prestations chômage, à la
déclaration et aux versements des contributions et cotisations sociales, ainsi
qu'à la déclaration préalable à l'embauche (DPAE), à la déclaration annuelle de
données sociales (DADS) ainsi qu'à toute autre déclaration portant sur les mêmes
données.
Paiement dématérialisé des
cotisations
Le seuil à partir duquel les
entreprises doivent régler par virement ou par tout autre moyen de paiement
dématérialisé leurs cotisations et contributions sociales sera abaissé dès le
1er janvier 2012 à 100 000 € (au lieu de 150 000 €), puis à 50 000 € au 1er
janvier 2013. Sont également concernées par l'abaissement de ces seuils, les
déclarations dématérialisées des cotisations.
En outre, à effet du 1er janvier 2012, les employeurs
sont tenus d'adresser les déclarations préalables à l'embauche par voie
électronique dès lorsqu'ils ont accompli plus de 1 500 déclarations au cours de
l'année civile précédente. Ce seuil sera ramené à 500 DPAE à compter du 1er
janvier 2013. Le défaut de déclaration par voie électronique sera sanctionné par
application d'une pénalité fixée à 0,5 % du plafond mensuel de la sécurité
sociale par salarié manquant. Ces mesures sont également applicables aux
employeurs de salariés agricoles.
Harmonisation des seuils
d'effectifs
La loi procède, par ailleurs, à une harmonisation de la
définition de certains seuils d'effectifs : - la participation à l'effort de
construction (au taux de 0,45 %) s'appliquera aux employeurs occupant " au moins
20 salariés " au lieu de " au minimum 20 salariés " ; - le montant de la
déduction forfaitaire au titre des heures supplémentaires des cotisations
patronales sera majoré dans les entreprises employant " moins de " 20 salariés
en lieu et place de " au plus 20 salariés ". Contrôle Urssaf et rescrit
social Afin d'encadrer certaines pratiques de contrôle effectuées par les
Urssaf, le texte prévoit expressément qu'il " ne peut être procédé une nouvelle
fois à un contrôle portant pour une même période, sur les points de la
législation applicable ayant déjà fait l'objet d'une vérification, sauf en cas
de réponses incomplètes ou inexactes, de fraude, de travail dissimulé ou sur
demande de l'autorité judiciaire ".
La loi entend par ailleurs développer la pratique du
rescrit social. Ainsi, les demandes que les cotisants peuvent adresser aux
organismes de recouvrement dans le cadre d'une procédure de rescrit social sont
étendues aux : - cotisations et contributions dues sur les sommes versées par
des tiers (mesure nouvelle introduite en loi de financement de la sécurité
sociale pour 2011 et modifiée en LFSS pour 2012) ; - règles de déclaration et
de paiement des cotisations (recouvrement, prescription, etc.). La faculté
pour les organismes destinataires des demandes de rescrit social de rendre des
décisions tacites sera également autorisée. Cette possibilité sera toutefois
limitée aux cas définis par un décret à paraître. Des dispositions similaires
sont également prévues pour les employeurs du secteur agricole.
Enfin, depuis 2007, le recouvrement amiable des
cotisations et contributions dues au Régime social des indépendants est délégué
aux Urssaf jusqu'au 30e jour suivant la date d'exigibilité des cotisations.
Au-delà de ce trentième jour, le RSI assure la poursuite du règlement
amiable. La loi pose le principe selon lequel le RSI assure désormais le
recouvrement amiable de ces cotisations et contributions mais qu'il dispose de
la faculté de déléguer cette mission à l'Urssaf.
Élections européennes : les engagements de la campagne doivent
être tenus
La CFTC s’inquiète du fort taux d’abstention qui a marqué
le scrutin européen du 7 juin. Une première analyse révèle que, en France, ce
sont les milieux populaires qui ont boudé les urnes. Il n’y a rien d’étonnant à
cela : l’Europe semble de plus en plus s’éloigner des préoccupations des
Français. Et ce n’est pas le niveau de la campagne – entre invective et auto
satisfecit – qui permettra de réconcilier nos concitoyens avec la construction
européenne.
Il n’en reste pas
moins que, durant la campagne, des engagements ont été pris en faveur d’une
Europe plus protectrice des personnes. La CFTC interviendra auprès des nouveaux
parlementaires, en France, mais aussi dans les autres pays de l’Union via,
notamment les réseaux sociaux chrétiens, pour que les promesses en faveur de
l’Europe sociale soient tenues. Parmi les premiers sujets figurent la directive
sur le temps de travail et la traçabilité sociale et environnementale des biens
et des services.
La nouvelle force de
la représentation écologiste ne doit pas faire oublier que le développement
durable ne se limite pas à l’environnement, mais qu’il intègre également la
dimension sociale et économique. Le désintérêt des Européens pour ces
élections s’explique, aussi, en partie, par l’incapacité de l’Europe à répondre
de manière cohérente, coordonnée, précise et immédiatement mesurable à la crise.
La CFTC continuera d’agir auprès des dirigeants européens pour qu’ils impulsent
une véritable relance à l’échelon européen en faveur de
l’emploi.
Jacques Voisin
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Elections au Parlement européen : Les propositions de la
CFTC
En trente ans d’existence, le Parlement
européen a réussi à asseoir sa légitimité dans un paysage institutionnel
européen on ne peut plus flou aux yeux des citoyens de l’Union. Les directives
qu’il adopte influe, en effet, de plus en plus sur notre quotidien. Au cours du
mandat qui s’achève, les eurodéputés ont su montrer que le Parlement européen,
en tenant davantage compte de la dimension sociale de la construction
européenne, constitue un contre-pouvoir non négligeable par rapport au Conseil
et à la Commission. En témoignent les interventions du Parlement sur des sujets
essentiels comme la directive sur le temps de travail, celle sur les services ou
encore Reach (sur l’évaluation des produits chimiques). La crise financière,
économique et sociale que le monde traverse confirme que l’Europe ne peut
ignorer le social. La situation dans les différents pays de l’Union est marquée
par une forte réduction de la part des salaires dans le produit intérieur brut,
la précarisation des contrats de travail sans clauses sociales, le démantèlement
des filets sociaux de protection qui conduisent de nombreux européens sous le
seuil de pauvreté. L’Europe a besoin, selon la formule reprise par Jacques
Delors, d’un « Etat investisseur social » fort qui investisse dans l’homme, dans
la formation, dans les compétences et l’emploi. A l’heure de la crise, c’est de
justice sociale dont ont besoin les européens. Pour cela, on doit permettre aux
personnes les moyens de la construction de leur projet par l’amélioration de
leurs conditions de vie et de travail. L’Europe ne peut plus continuer à
négliger ce qui fera sa force : une Europe sociale et juste. C’est pourquoi la
CFTC propose un projet alternatif à celui mis en oeuvre actuellement et qui fait
de la mise en concurrence et de l’autorégulation des marchés la référence
ultime, voire l’objectif de l’Union ; elle se félicite des conclusions du G20
qui préconise de s’inspirer du modèle rhénan et de mettre l’accent sur
l’environnement. La CFTC est attachée à la constitution d’un espace harmonisé
qui concilie les intérêts des citoyens, des familles, des entreprises et de tous
les acteurs économiques et sociaux. Elle estime que pour ce faire, l’Union
européenne se doit de renouer avec l’esprit des pères fondateurs de l’Europe qui
voyaient la construction de l’Europe comme un savant équilibre entre l’action
politique et le marché. Au cours des prochaines années, ce rôle de
contrepouvoir doit se poursuivre dans ses directions, qui sont autant de
revendications auxquelles la CFTC est attachée.
Les emplois de
qualité La CFTC rappelle qu’elle inscrit sa politique
européenne dans la stratégie de Lisbonne qui vise à faire de l’Europe «
l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde,
capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration
quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale
». Si la CFTC souscrit à l’objectif inscrit dans la stratégie de Lisbonne
d’atteindre le plein emploi à l’horizon de 2010, elle souhaiterait que la notion
d’emplois de qualité ne soit pas pour autant abandonnée. Cette approche
qualitative est complémentaire de l’approche quantitative et non pas
opposée. Dans cette perspective, la CFTC propose de construire une mesure
européenne de la qualité de l’emploi par différents indicateurs parmi lesquels
les qualifications, l’éducation et la formation tout au long de la vie,
l’égalité entre les hommes et les femmes, la santé et la sécurité au travail, la
conciliation entre vie professionnelle et vie privée, le dialogue social et la
participation des travailleurs…
La sécurisation des parcours de
vie Le modèle social dont les européens se réclament doit
reposer sur un ensemble de mesure permettant de garantir des revenus et des
droits aux salariés en échange d’une mobilité accrue lui permettant de répondre
aux contraintes de l’économie. Consciente de cet enjeu, la CFTC défend depuis
des années la mise en oeuvre d’un statut du travailleur lui permettant à la fois
de prendre sa vie en main, de réduire les sources de précarité, de rebondir face
à des ruptures et de participer à la construction d’une société qui a foi en son
avenir. Cela se traduit par nombre de propositions relatives à la formation
professionnelle, à l’accompagnement des demandeurs d’emploi, à la
transférabilité des droits sociaux en cas de mobilité professionnelle, à la
reconnaissance de l’utilité sociale des temps familiaux, associatifs, politiques
ou syndicaux…
La traçabilité
sociale La CFTC tient à souligner le lien entre la qualité de
l’emploi et la démarche entreprise depuis quelques années au BIT autour de la
notion de « travail décent ». On peut, également, rapprocher cette notion d’une
autre que la CFTC entend promouvoir : la traçabilité sociale des biens et des
services. L’objectif n’est pas de limiter la liberté des marchés, mais de donner
une information complémentaire aux consommateurs qui ignorent tout du contenu
social de ce qu'ils achètent. Les biens et les services mis sur le marché
manquent, en effet, de transparence sociale pour être choisis en connaissance de
cause. Un système d’étiquetage pourrait être envisagé qui commencerait par
l'évaluation, en termes de progrès social, de toute la chaîne des entreprises
qui, des matières premières à la distribution, a permis de mettre un produit ou
un service sur le marché. Cette évaluation pourrait se faire à partir de
critères précis : liberté syndicale et importance de la négociation collective,
précautions environnementales, protection sociale, gestion prévisionnelle de
l'emploi, évolution des salaires, conditions de travail…
Le temps de
travail La CFTC considère qu’il est nécessaire d’avoir un
temps dans la semaine où la production et la consommation sont entre parenthèses
pour permettre la vie familiale, associative, culturelle et religieuse. La CFTC
refuse de voir l’espace européen transformé en immense galerie marchande.
Vivement discuté en France, cette question fait éminemment partie des questions
européennes : le dimanche est un point commun entre les pays qui compose l’Union
et il est important de le maintenir comme élément donnant un visage à l’union
européenne.
Le déplacement et le regroupement des
travailleurs Pour la CFTC, le développement de l’emploi en
Europe passe aussi par la libre circulation des travailleurs européens dans tous
les pays de l’UE, mais dans tous les cas, le respect de leur dignité doit être
considéré comme une priorité. Il convient donc de veiller à leurs conditions
d’accueil (salaires, logements, conditions de travail). Aussi, la CFTC
demande-t-elle qu’une évaluation de leurs conditions de vie soit rendue
obligatoire. La CFTC était favorable au principe de préférence communautaire qui
contribue au développement du sentiment d'appartenance et protège les citoyens
et les entreprises de l'Union face aux partenaires extérieurs usant d'une
concurrence déloyale.
La coordination des politiques
économiques La CFTC regrette l’absence de politique
économique commune en Europe qui, seule, pourrait permettre d’apporter une
réponse crédible à la crise. Au lieu de ça, chaque pays réagit à sa manière en
fonction de critères uniquement nationaux. Cela se traduit par un manque
d’efficacité. Aussi, le plan de relance de la Commission devrait-il favoriser
les investissements dans l’innovation, la recherche, les nouvelles
technologies, la transformation de l’Europe en une économie à faible teneur en
carbone… La CFTC prône le retour d’une politique industrielle volontariste qui
assurera le dynamisme de l’économie européenne et des économies nationales,
et qui évitera les délocalisations. Il faut inverser la dynamique actuelle qui
produit aujourd’hui l’essentiel des efforts sur les emplois de services
(notamment les services à la personne) et les emplois les moins qualifiés. Il
importe de favoriser l’émergence de nouveaux secteurs industriels créateurs
d’emplois à forte valeur ajoutée qui, par ricochets, suscitent la création
d’emplois dans les services. Malgré la crise, l’Europe continue de fonctionner
selon un modèle libéral de mise en concurrence sauvage des systèmes productifs
et des statuts sociaux. Une ouverture non maîtrisée de nos frontières pousserait
à la ruine du modèle social européen. La CFTC a la volonté de faire évoluer ce
modèle vers un système plus régulé. La CFTC revendique une harmonisation à
l’intérieur de l’Union Européenne des droits sociaux par le haut, afin d’éviter
le dumping social. La CFTC entend poursuivre son combat en faveur de la mise en
place d’indicateurs de qualité de l’emploi parmi lesquels les qualifications,
l’éducation et la formation tout au long de la vie, l’égalité entre les hommes
et les femmes, la santé et la sécurité au travail, la conciliation entre vie
professionnelle et vie privée, le dialogue social et la participation des
travailleurs…
La lutte contre les paradis fiscaux à
l’intérieur de l’UE Le G20 de Londres, début avril, a affiché
sa volonté de tout mettre en oeuvre pour lutter contre les paradis fiscaux. Pour
la CFTC, cette lutte doit également concerner tous les paradis fiscaux implantés
dans les pays de l’Union.
Les services
publics Ces services d’intérêt général participent à la
cohésion sociale ; l’accès facile (en terme de coût, de proximité) de tous les
citoyens à une offre de services essentiels se doit d’être garantie à des
conditions ; cette offre doit intégrer l’éducation, la santé (préventive et
curative), la culture.
La retraite La CFTC
propose d’harmoniser l’âge de la retraite en Europe en permettant un départ à 60
ans, alors que la moyenne européenne se situe à 59,7 ans. Avec l’allongement de
la vie, la durée de la retraite s’accroit également ; face à ce défi, non
seulement financier mais également humain et sociétal, la CFTC préconise de
prendre en compte certains éléments tel que la pénibilité du travail pour
adapter ce seuil, et de laisser au salarié la possibilité de choisir, en
fonction de ses intérêts, la date effective de son départ en retraite, tout
report devant lui permettre d’augmenter le montant de sa pension. La CFTC
rappelle que toute décision arbitraire de report de l’âge de départ en retraite
dans une économie en manque d’emplois est illusoire.
La santé au
travail La CFTC propose de réviser la directive sur la santé
et la sécurité des travailleurs (92/85) pour y introduire la notion de
pénibilité du travail définie en concertation par les partenaires sociaux. Il
s’agit de prendre en compte aussi bien les efforts physiques que l’environnement
agressif ou le rythme de travail afin de prévenir et de prendre en charge les
accidents du travail et les maladies professionnelles. Cela implique le
développement d’actions en amont quant à l’organisation du travail, avec une
attention particulière aux salariés les plus fragiles (seniors…)
La dépendance Chaque
personne âgée a droit à une protection sociale décente tout au long de la vie.
La CFTC propose que le risque dépendance en Europe soit pris en charge au sein
d’une branche identifiée de la protection sociale et ne reste pas comme c’est
souvent le cas dans trop de pays l’affaire du secteur marchand. Une adaptation
concertée entre partenaires sociaux dans le cadre européen permettrait
d’harmoniser un taux minimum de dépenses publiques alors que les dépenses
publiques liées à la prise en charge des personnes âgées dépendantes (par
rapport au PIB) varient aujourd'hui du simple au triple entre la France et la
Suède.
Les soins
transfrontaliers La CFTC demande une modification de la
directive européenne relative aux droits en matière de soins transfrontaliers
des patients. Cette directive, qui garantit aux citoyens le droit de recevoir
des soins de santé non hospitaliers (ex : soins dentaires) dans un autre Etat
membre et de présenter sa demande de remboursement à son système national
obligatoire sans autorisation préalable requise, est axée sur la régulation
marchande des soins dans l’esprit de la directive Bolkenstein. La CFTC propose
d’inscrire comme objectif central dans le texte de cette directive le fait
d’assurer une qualité des soins identiques d’un Etat à l’autre. Elle regrette
l’approche privilégiée par la commission, à savoir une régulation des soins
fondée sur les règles du seul marché intérieur. Les soins de santé ne sont pas
un simple service marchand, et les patients doivent avoir des droits plus
étendus que ceux de consommateurs.
La conciliation des temps de
vie La CFTC estime nécessaire d’intensifier les efforts en
termes de conciliation des temps de vie. Elle propose notamment de développer
des offres d’accueil de la petite enfance, en favorisant par exemple les crèches
territoriales d’entreprise ou interentreprises, en améliorant la reconnaissance
des emplois de service de ces secteurs d’activité…La possibilité de bénéficier
d’un congé parental d’éducation fractionné jusqu’aux 16 ans de l’enfant aurait
également un effet bénéfique en ce qu’il permettrait d’adapter au mieux ce droit
général aux besoins particuliers de chaque famille. Par ailleurs, la résorption
des écarts salariaux homme/femme reste d’actualité. Ainsi, les femmes gagnent
19% de moins que les hommes. L’égalité de traitement entre hommes et femmes sur
cette question permettra également la prise en compte les différences de
trajectoires liées aux contraintes de la vie familiale que vivent pour majorité
les femmes. La CFTC réclame d’urgence l’application harmonisée d’une
règlementation européenne imposant des sanctions véritablement dissuasives à
l’égard des entreprises ne respectant pas l’égalité de salaire entre les femmes
et les hommes. Pour parvenir à une réelle résorption des écarts de salaire, la
CFTC souhaite que soit appliquée la formule « un salaire égal pour un travail de
valeur comparable », comme ce qui ce pratique déjà en Norvège, pays exemplaire
sur ce sujet.
Politique
familiale Le dynamisme d’une société passe en particulier par
un renouvellement des générations. Les taux de fécondité qui dépassent la
moyenne (pays scandinaves, France, Irlande) sont le résultat d’une combinaison
entre une politique nationale familiale et un fort taux d’emploi féminin. Pour
encourager cette politique volontariste, la CFTC propose des allocations
familiales dans tous les pays de l’Union européenne, l’allongement du temps de
maternité à 20 semaines, le maintien obligatoire de l’intégralité des salaires
pendant un congé maternité minimum de 6 semaines, l’introduction du congé
paternité là où il n’existe pas, l’interdiction du licenciement pendant le congé
maternité et durant les 12 mois suivants.
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